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Dé-coutures improvisées

Ses rêves viennent nous mettre en éveil, comme une évidence, le fascinant bonheur d’être en vie. Et cela se joue de touches variées.

Les géographies de couleurs, les beaux papiers, les mailles chinées se voilent et se dévoilent au gré des points de broderie ou d’un graphisme fluide. Au fil de sa lecture, notre regard voyage dans les structures tramées. Une rencontre improbable surprend, nous enchante. Voilà que notre lecture vibre, respire au rythme de la pulsation.

S’étonner de voir le plus profond aussi palpitant. Tout cela pétille! L’énergie est sujet, si féminine. Tout l’art est là. Non, c’est tout le plaisir qui est là. Et c’est tant mieux !

Hélène Cordier & Valérie lenders

Lauréat Des Coups de Coeur Parcours d'Artistes de Saint-Gilles

Musicales, lyriques et parfois franchement symphoniques, les toiles de Valérie Lenders sont autant d’impulsions qui font danser la ligne et chanter la couleur. Tout cela pétille d’une énergie qui fait exploser les tonalités et s’entrechoquer les contrastes. Gourmande et généreuse, sa peinture n’exclut pas les élans de sobriété et se plie volontiers à des structures tramées qui ne parviennent cependant pas à contenir tout à fait ce mouvement vital. Et c’est tant mieux !

Didier Paternoster / Septembre 2009 / Journaliste

Parfum de mélodie, souvent une courbe se dessine…

dérivée de spirale, une ligne que le regard suit comme la pensée suit son fil. L’imagination coule dans le lit de la rivière qu’elle dessine. Parfois des axes , des lignes horizontales ou verticales, nous situent dans l’espace en même temps qu’elles évoquent leurs relents de grillages. L’axe engendre l’espace mais il apporte ausi sa limite: en même temps qu’il nous situe, il nous emprisonne. Le tableau devient une cage dorée. A la fois évocatrices de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, des taches de couleurs et leurs textures invitent à un univers infini. On est projeté dans l’espace, dans les méandres organiques du corps humain, dans le rêve. Bulles d’émotions qui résonnent et se cognent, se rencontrent. Vie extérieure et vie intérieure finalement se confondent. Tandis que de plus fins traits viennent rythmer les images, le temps me ressaisit, j’entends les tambours qui parlent, le claquement de leur peau sous la forme d’un trait. Et surfant sur ce rythme, j’aperçois de ci de là la danse d’un atome. Quand le chaos se met à groover, la liberté s’abandonne à l’extase.

Man Hermia / Septembre 2009 / Jazzman

Valérie parle de ses toiles à la première personne du singulier.

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Juliette Pirlet

causerie autour du travail de Valérie Lenders

Causerie autour du travail de Valerie lenders ... «Juliette Pirlet» 

 

Intro

Qu’y –t-il de commun entre nager, tisser, tricoter, chanter, dessiner, lancer et entretenir une « magic list internet » ? La réponse est que toutes ces actions suivent différentes lignes.

L’anthropologue anglais, Tim Ingold, dans sa Brève histoire des lignes, distingue deux principaux types de lignes : les fils et les traces.

Si cette typologie m’a interpellée c’est que le travail de Lenders fait intervenir les deux types de lignes.

Les fils sont des filaments qui peuvent être entrelacés à d’autres ou être suspendus. Ils ont des surfaces mais ils ne s’inscrivent pas sur une surface (laine, collier, ficelle, pont, aiguille de sapin, système nerveux…)

Les traces sont la marque durable laissée sur une surface solide par un mouvement continu (pistes, empruntes).

Le passage d’un type de ligne à l’autre annonce la surface :

-       passage des fils aux traces : constitution de la surface  (nœuds, tissage, texte).

-       passage des traces aux fils : dissolution de la surface (dédales, boucles, motifs) 

 Le travail de Lenders est à la fois création de surface (je parlerai ici de territoire) et dissolution de surface (je parlerai alors d’écriture) 

 // Réalisation d’une causerie :

Association visuelle entre le travail de Valérie et des images (mon blog)

J’ai assez vite alimenter ces associations par des Lectures (fils) à carte de lecture

De cette carte / surface j’essaie de dégager un fil : la causerie 

Ma causerie s’articulera sur cette dynamique du passage  du fil à la trace et de la trace au fil…

J’ai dégagé 4 thématiques qui sont celles autour desquelles nous avons élaboré l’exposition : le territoire, le cercle, l’écriture et le geste. (3 murs d’expo et une installation)

 1/ Du fil à la trace : de la ligne d’erre à la constitution d’un territoire /surface : l’idée de la peinture comme mode de protection /espace de sécurité

 Le territoire

 Première lecture : « Nous et l’innocent » de Fernand Deligny.

Je voudrais vous parler de sa tentative originale de prise de contact avec des enfants autistes, dont la violence et l’incapacité à parler, s’est révélée un obstacle trop insurmontable pour les familles, et même pour les institutions psychiatriques.

Pour les médecins, et pour la société, ce sont des enfants incurables.

Fernand Deligny héberge donc ces enfants dans un camp, en pleine nature, avec le strict minimum. Il y a des éducateurs avec lui, mais ils ne sont pas là pour éduquer, et surtout pas pour parler. Le silence est de rigueur. Les éducateurs travaillent et dessinent. Ils travaillent la terre, ils dessinent des chemins.

Il a fait un film “Ce gamin-là” qui, sous la forme documentaire, retrace cette tentative d’approcher ces enfants autrement, sans le langage, sans thérapie. Expérience qui a duré 7 ans.

 Fernand Deligny, dans cette approche de l’enfant autiste, remplace le temps par le lieu. Les éducateurs suivent les enfants, tracent les chemins empruntés, et analysent ensuite. C’est ce qu’ils appelleront les « lignes d’erre ». Il en ressort un constat troublant : chaque enfant a ses habitudes, plus particulièrement cet enfant qui tourne constamment sur lui-même et se déplace par cercles : les fleurs noires : marquent l’endroit d’une source souterraine attestée après coup par un sourcier sur le terrain.

« La ligne d’erre qui est dans son son réflexe d’échapper à ce qui est de l’ordre du dire ! »

L’ensemble de ces lignes finissaient par former comme un réseau de lignes tel « qu’il serait possible d’en faire une carte » écrit-il, par délimiter un territoire, un espace approprié, familier, un espace de sécurité.

Deuxième lecture : « Le chant des pistes » de Bruce Chatwin

Chatwin dans sa recherche inlassable de ce qui serait « l’esprit nomade » part en Australie dans les 80’s à la rencontre des Aborigènes dont il voudrait comprendre le mystère des « lignes de sons » qui transforme le pays  en partition. Dans la tradition aborigène, lors de sa traversée du pays chaque ancêtre avait laissé dans son sillage une suite de mots et de notes de musique, ces pistes qui ont donc été tracées au Temps des rêves  (qui correspond au Temps de la Création ) formaient dans tous le pays des voies de communications entre les tribus. Ce qui est beau ici c’est cette idée que le monde a été amené à l’existence par le chant (je chante une colline, une rivière donc elle existe). Il n’est pas un morceau du territoire qui n’ait été chanté. Chaque aborigène se doit d’un jour re-parcourir la route de son ancêtre (sorte de voyage rituel) et s’il pouvait retrouver cette route c’était ou c’est grâce aux paroles du chant qui comporte les indications topographique nécessaire à son orientation.

Toute cette mythologie se retrouve dans la peintures aborigène : leurs peintures seraient comme des paysages vus du ciel contiennent des motifs qui représentent des lieux: par exemple, un petit ensemble de cercles concentriques indique un point d’eau…tout comme les fleurs noires des lignes d’erre de Deligny

Ces deux détours: Les lignes d’erre et les lignes de son aborigènes finissent par constituer une surface, créer un territoire.

 De la ligne à la carte, de la carte au territoire…je retrouve tout cela dans le travail de Valérie

 Remarque : // magic list  (autant de fils lancés pour finir par constituer une grande toile, un espace de protection ?)

 La notion de territoire, et c’est là que je voulais en venir, est indissociable de celle de protection : le territoire est bien sûr cet espace de la sécurité qui est voué à être défendu.

Deleuze dans son Abécédaire à la lettre A pour Animal parle du marquage du territoire comme la naissance de l’art. Il y raconte aussi qu’il n’y a pas de territoire s’il n’y a pas de possibilité de sortir du territoire (c’est là son concept de « déterritorialisation »).

Les toiles de Valérie comme autant de territoires, véritable espace de protection mais dans lesquels les cercles interviennent de manière évidente comme autant de portes, de possibilité de sortir de ces territoires.

 Dans ces surfaces, un motif récurrent :

 Le cercle

Ce qui m’est assez vite apparu dans le travail de Valérie c’est qu’il touchait à quelque chose de très primitif (au sens noble de terme). Que non seulement sa peinture pouvait être comprise comme un acte de protection mais qu’à l’intérieur même de ses peintures / dessins, le cercle apparaissait comme la forme la plus récurrente tout comme dans la plupart des art dits primitifs. Mais le cercle dans la peinture fait également référence à ce que les ethnologues appellent l’usage « apotropaïque » des motifs: c’est à dire la pratique qui consiste à se protéger des esprits malins ou des démons en inscrivant sur des surfaces des motifs complexes et visuellement déconcertants. Le principe est d’attirer les démons vers la surface par la fascination que le motif exerce sur eux: c’est l’idée des motifs comme autant de “pièges”; l’idée de dessins comme du papier tue-mouche où viendraient s’engluer les démons…

Cette idée je l’avais aussi trouvée dans une très belle lecture : Clause Lévi-Strauss: Regarder, écouter, lire : Dans le chapitre “Regards sur les objets”, il évoque l’art de la vannerie; selon les mythes des plus grands vanniers d’Amérique du Nord, “un panier réussi devait satisfaire à deux exigences: être parfaitement étanche (ces paniers servait de récipients pour l’eau) et comporter dans le tressage un motif décoratif, comme celui dont la première vannière eut la révélation en voyant jouer les rayons du soleil dans un ruisseau.(…) Les esprits des paniers, disent-ils, logent dans le décor tressé: c’est leur village. Aussi ce décor doit-il inclure une porte (…) qui permet à l’esprit du panier, quand il meurt, de s’échapper pour gagner un séjour céleste. Une femme, qui avait omis de faire une “porte” dans son panier, fut condamnée à mort par l’esprit prisonnier.”

2/ De la trace au fil : de l’enregistrement des sons à la naissance d’une écriture

 « Cette ligne dont il s’agit de rechercher l’écriture, elle est d’erre » F.Deligny

 Ecriture

 L’écriture de Valérie naît de l’écoute

L’écoute qui est, selon Roland Barthes, le sens même de l’espace et du temps. Pour l’homme, en effet, l’appropriation de l’espace est sonore (pensez aux bruits familiers de l’espace domestique), l’écoute serait donc cette attention préalable qui permettrait de capter tout ce qui peut venir déranger le système territorial.

« Ecouter c’est se mettre en posture de décoder ce qui est obscur, faire apparaître à la conscience le dessous du sens. 

Par le rythme, l’écoute cesse d’être pure surveillance (mode de défense contre la surprise) pour devenir création. »

 Ecrire l’écoute / enregistrement

 La reproduction intentionnelle d’un rythme a été inventée bien avant l’écriture.Et ces premières représentations rythmiques coïncideraient avec l’apparition des premières habitations humaines.

Le tissage est aussi une technique qui a été développée bien avant l’écriture. Le tissage était pourtant déjà une sorte de bande d’enregistrement, un moyen d’enregistrement apte à recueillir certains signes. Chez les Dogons, le tissus était considéré, en l’absence d’écriture, comme un équivalent de la parole (l’appareil phonatoire  qui contient 33 parties autant qu’un métier à tisser).

 Je voudrais revenir sur ma première lecture qui est celle qui m’a le plus ouvert les yeux sur le travail de Valérie…Dans sa Brève histoire des lignes, Ingold évoque cette ancienne pratique chez les femmes Shipibo Conibo qui travaillaient à deux pour décorer des grands vases. Assise l’une en face de l’autre de parte et d’autre du récipient, elles ne pouvaient pas voir ce que l’autre peignait. Mais comme elle chantaient tout en travaillant, elles étaient censées harmonise leur exécution de telle sorte que, une fois le travail terminé, les deux côtés du vase se correspondent et se rejoignent parfaitement. Ainsi en se servant du chant pour harmoniser leur dessin, les peintres shipibo-conibo faisaient tout l’inverse des choriste européens qui utilisaient la notation écrite pour harmoniser leur chant polyphonique. Ce type de dessin d’après Ingold, ne forme ni un texte, ni une partition. Il ne représente pas plus des mots ou des concepts que des sons musicaux. Ils sont plutôt des formes phénoménales de la voix qui deviennent visibles à l’oeil qui écoute. Ces chants peuvent ainsi s’entendre de manière visuelle et les dessins géométriques peuvent se voir de manière acoustique.

 L’écriture de Valérie n’est pas un code non plus mais plutôt des lignes de sons, des formes données à ses voix intérieures.

Par sa peinture, Valérie nous donne à voir sa musique intérieure. Elle met notre regard en écoute.

 Pour conclure :

 

Le geste

 Je voudrais revenir à Deligny et vous lire quelques extraits de son livre :

 « Perdus, ils le sont, privés de cet espace qui leur en proposerait des chemins à l’infini. Peu importe que ces chemins ne les mènent pas à un devenir quelqu’un. » « Ces trajets sans autre fin que de marcher ou courir ».« Et voilà tracer, tracer pour rien…mais alors c’est l’ombre de quoi qui se manifeste dans ce geste de tracer qui nous advient et n’importe auquel est la main qui trace ? Cette main n’est pas la sienne, ni la mienne, c’est la main de l’hu-main.» « Le geste est à l’infinitif comme s’il s’agissait d’une œuvre pour rien. «Ce petit geste là…jeu ?…le réitérer…il s’agit presque d’une chose impérieuse, le besoin de le faire cette chose là qui est le geste… »

 De la peinture de Valérie ce qui me reste c’est le geste.

Roland Barthes disait de Cy Twombly qu’il montrait le geste plutôt que son produit.« Qu’est ce qu’un geste ? Quelque chose , écrit-il dans  l’Obvie et l’obtus, comme le supplément d’un acte. L’acte veut susciter le résultat, le geste c’est la somme inépuisable des raisons qui entourent l’acte comme une atmosphère ».Il écrit aussi que dans la peinture de Cy Twombly, « chaque ligne est l’expérience réelle porteuse de sa propre histoire, qu’elle n’illustre pas, qu’elle est la sensation de sa propre réalisation. »

C’est qui m’apparait le plus clairement dans les toiles de Valérie c’est la présence de ce geste, de cette trace de mouvement. Ce qui me touche dans ce geste c’est son impériosité, sa nécessité, son urgence. Par ce geste à l’oeuvre, par ce mouvement impérieux le travail de Valérie m’est soudain apparu comme relevant plus de la sculpture que de la peinture. La sculpture qui a été définie comme l’association du geste à la pensée. Elle développe en effet une œuvre mouvante, instable et surtout prolifique.

Ce dernier thème de l’expo vous est présenté par une installation plutôt qu’un accrochage de toiles : il vous sera montré de manière sonore: Axel répondra donc à ma causerie par un mini chambre d’écoute (play list argumentée autour du travail de Valérie) pendant que Valérie accomplira pour vous et devant vous les gestes à l’œuvre dans son travail et enfin à l’entrée, dans l’aquarium, le résultat de cette oeuvre prolifique et incessante : ces carnets.

Une dernière particularité de notre démarche : la mnémosyne.

Pendant votre déambulation dans l’expo sur l’écran apparaitront des mnémosynes réalisées par Marie sur base du travail d’association visuelle qui a été à l’oeuvre tout au long de l’élaboration de cette causerie.

Juliette Pirlet

Bifurcation

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The fork in the road

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